La croissance d’un chiot représente une période critique où ses besoins nutritionnels dépassent largement ceux d’un chien adulte. Cette phase de développement rapide, qui s’étend de la naissance jusqu’à la maturité squelettique, exige un équilibre précis entre macronutriments et micronutriments pour garantir un développement harmonieux. Les erreurs alimentaires commises durant cette période peuvent avoir des conséquences irréversibles sur la santé future de l’animal. Comprendre les spécificités nutritionnelles selon la race, l’âge et le poids attendu devient donc essentiel pour tout propriétaire souhaitant offrir les meilleures conditions de croissance à son compagnon.

Macronutriments essentiels pour la croissance optimale du chiot

Les macronutriments constituent les piliers fondamentaux de l’alimentation du chiot en croissance. Ces éléments nutritionnels, nécessaires en quantités importantes, fournissent l’énergie et les matériaux de construction indispensables au développement des tissus, des organes et du squelette. L’équilibre entre protéines, lipides et glucides doit être finement ajusté selon les besoins spécifiques de chaque phase de croissance.

Ratios protéiques adaptés selon les races géantes, moyennes et petites

Les besoins protéiques varient considérablement selon la taille adulte attendue du chiot. Les races géantes, telles que le Dogue allemand ou le Saint-Bernard, nécessitent un apport protéique modéré de 24 à 26% de la matière sèche pour éviter une croissance trop rapide pouvant entraîner des troubles squelettiques. Cette approche contrôlée permet de préserver l’intégrité des cartilages de croissance tout en soutenant le développement musculaire.

Pour les races moyennes, comme le Berger allemand ou le Golden Retriever, les besoins s’élèvent à 26-28% de protéines. Cette augmentation soutient une croissance plus dynamique sans compromettre la formation osseuse. Les petites races, quant à elles, peuvent tolérer des taux plus élevés de 28-32% en raison de leur métabolisme accéléré et de leur croissance rapide qui se termine généralement vers 8-12 mois.

Acides aminés indispensables : lysine, méthionine et tryptophane

La qualité protéique se mesure par son profil en acides aminés essentiels. La lysine joue un rôle crucial dans la synthèse du collagène et la formation osseuse, avec des besoins estimés à 2,8% de la matière sèche chez le chiot. La méthionine, acide aminé soufré, participe à la formation des protéines structurelles et au développement du pelage, nécessitant un apport minimal de 0,8% de la ration.

Le tryptophane influence non seulement la synthèse protéique mais aussi la production de sérotonine, neurotransmetteur essentiel au bien-être comportemental du jeune animal. Les sources animales comme la viande de volaille, le poisson et les œufs présentent des profils d’acides aminés plus complets que les protéines végétales, justifiant leur priorité dans l’alimentation du chiot.

Lipides structurels et acides gras oméga-3 DHA pour le développement neuronal

Les matières grasses représentent la source énergétique la plus concentrée, fournissant 9 calories par gramme contre

les 4 calories apportées par les protéines et les glucides. Chez le chiot en pleine croissance, on vise en général 12 à 20% de matières grasses sur matière sèche, en ajustant selon l’activité et la taille adulte. Les races de petite taille, au métabolisme très rapide, tolèrent plutôt le haut de cette fourchette, tandis que les chiots de grande race bénéficient de taux plus modérés pour limiter les excès d’énergie.

Au-delà de la quantité totale de lipides, la qualité des acides gras est déterminante. Le DHA (acide docosahexaénoïque), un oméga‑3 à longue chaîne, est un composant majeur des membranes des neurones et de la rétine. Une alimentation pour chiot enrichie en DHA (par l’huile de poisson, l’huile de saumon ou certaines microalgues) favorise le développement cérébral, les capacités d’apprentissage et la vision. On recommande généralement au minimum 0,05% de DHA sur matière sèche, avec un rapport oméga‑6/oméga‑3 compris entre 5:1 et 10:1 pour limiter l’inflammation.

Les oméga‑6, comme l’acide linoléique, restent indispensables pour l’intégrité de la peau, du pelage et la fonction reproductrice future. L’objectif est donc de proposer une alimentation qui n’est pas seulement « riche en gras », mais qui présente un profil équilibré en acides gras essentiels. En pratique, vous pouvez vérifier sur l’étiquette la présence d’ingrédients sources d’oméga‑3 (poisson, huile de poisson, huile de colza) et d’oméga‑6 (huiles végétales type tournesol, bourrache) spécifiquement mentionnés pour les chiots.

Glucides digestibles et fibres prébiotiques pour la santé intestinale

Les glucides digestibles (principalement l’amidon) ne sont pas des nutriments « essentiels » au sens strict pour le chien, mais ils jouent un rôle important dans l’alimentation moderne des chiots. Utilisés à bon escient, ils apportent une énergie rapidement disponible tout en permettant de formuler des croquettes stables et appétentes. Le chiot digère correctement l’amidon cuit de céréales comme le riz, le maïs ou le blé, à condition que sa proportion reste adaptée à la capacité encore immature de son tube digestif.

Un aliment pour chiot bien formulé limite la charge en amidon au profit des protéines et des matières grasses de qualité, afin d’éviter les fermentations excessives dans le côlon. En parallèle, l’apport de fibres fermentescibles (prébiotiques) comme les FOS (fructo‑oligosaccharides), les MOS (mannan‑oligosaccharides) ou encore la pulpe de betterave contribue à nourrir le microbiote intestinal. Un microbiote équilibré, c’est un peu comme un jardin bien entretenu : il protège contre les « mauvaises herbes » que sont les bactéries pathogènes, améliore l’absorption des nutriments et renforce l’immunité locale.

Les fibres insolubles, quant à elles, régulent le transit et améliorent la consistance des selles, ce qui est précieux quand on sait à quel point les épisodes de diarrhée sont fréquents chez le jeune chien. Vous pouvez imaginer les fibres comme une sorte de « balai intestinal » doux, qui structure le contenu digestif sans agresser la muqueuse. Une teneur globale en fibres de 2 à 5% sur matière sèche convient en général aux chiots, avec un équilibre entre fibres solubles et insolubles.

Micronutriments critiques durant les phases de développement

Si les macronutriments construisent la « charpente » du chiot, les micronutriments – vitamines et minéraux – en sont les « outils de finition ». Ils interviennent dans tous les processus métaboliques : minéralisation osseuse, fonctionnement du système nerveux, défense immunitaire, coagulation, production d’énergie. Chez le chiot en pleine croissance, les besoins par kilo de poids vif sont bien supérieurs à ceux d’un chien adulte, ce qui impose une densité micronutritionnelle élevée de la ration.

Un point clé à garder à l’esprit : les excès peuvent être aussi délétères que les carences, notamment pour certains minéraux comme le calcium ou le phosphore et pour la vitamine D. C’est pourquoi les aliments complets « spécial chiot » formulés par des fabricants sérieux respectent des plages de sécurité définies par des organismes de référence (FEDIAF en Europe, AAFCO en Amérique du Nord). Les suppléments ajoutés de façon empirique risquent de rompre cet équilibre délicat.

Calcium et phosphore : équilibre Ca/P optimal de 1,2:1 à 1,8:1

Le calcium et le phosphore forment le socle de la minéralisation osseuse. Le calcium assure la rigidité de l’os et intervient aussi dans la contraction musculaire et la coagulation sanguine, tandis que le phosphore participe à la structure osseuse mais aussi à la production d’ATP, la « monnaie énergétique » des cellules. Ce duo fonctionne comme une balance : c’est autant le rapport entre les deux que leur quantité absolue qui compte.

Chez le chiot, le rapport calcium/phosphore idéal se situe entre 1,2:1 et 1,8:1, avec une légère prédominance du calcium. En-dessous, le risque est de voir apparaître une déminéralisation osseuse ou un rachitisme nutritionnel ; au-dessus, notamment au-delà de 2:1, on augmente la probabilité de malformations osseuses, surtout chez les chiots de grandes races qui ne savent pas limiter l’absorption intestinale du calcium. À titre indicatif, pour des croquettes destinées aux chiots, une teneur en calcium de 0,8 à 1,5% et en phosphore de 0,7 à 1,2% sur matière sèche est généralement recommandée.

Comment ce principe se traduit-il concrètement pour vous ? Si vous utilisez un aliment complet de bonne qualité spécifiquement formulé pour chiot, il n’est ni utile ni souhaitable d’ajouter des comprimés de calcium, des coquilles broyées ou de multiplier les os à ronger. De même, les rations ménagères doivent impérativement être équilibrées avec un complément minéralo‑vitaminé adapté, car la viande seule est beaucoup trop riche en phosphore et très pauvre en calcium.

Vitamines liposolubles A, D3, E et K pour la croissance osseuse

Les vitamines liposolubles A, D3, E et K sont stockées dans les tissus adipeux et le foie. Elles jouent un rôle central durant la croissance, en particulier pour la santé des os, de la peau, du système nerveux et du sang. La vitamine A participe à la différenciation cellulaire, à l’intégrité des muqueuses et à la vision nocturne. Chez le chiot, une carence sévère peut se traduire par un retard de croissance, une fragilité accrue aux infections et des troubles oculaires.

La vitamine D3 (cholécalciférol) est probablement la plus critique en lien avec le calcium : elle facilite son absorption intestinale et sa fixation dans l’os. Un déficit conduit au rachitisme, tandis qu’un excès favorise l’ostéodystrophie hypertrophique ou l’ostéofibrose, particulièrement chez les chiens de grande race. C’est pour cette raison qu’il est déconseillé d’ajouter de l’huile de foie de morue ou d’autres compléments riches en vitamine D à une alimentation déjà complète pour chiot.

La vitamine E agit comme un puissant antioxydant, protégeant les membranes cellulaires et les acides gras polyinsaturés des radicaux libres. Elle soutient également le système immunitaire du jeune chien. Enfin, la vitamine K intervient dans la coagulation sanguine et, dans une moindre mesure, dans le métabolisme osseux. La flore intestinale en produit une partie, mais l’apport alimentaire reste important chez le chiot dont le microbiote n’est pas encore totalement stabilisé.

Complexe vitaminique B et acide folique pour le métabolisme énergétique

Les vitamines du groupe B (B1, B2, B3, B5, B6, B8, B9, B12) et l’acide folique sont hydrosolubles et ne sont que très peu stockées dans l’organisme. Elles doivent donc être apportées quotidiennement par l’alimentation du chiot. Ces micronutriments fonctionnent comme de véritables « chefs d’orchestre » du métabolisme énergétique : ils participent à la transformation des glucides, des lipides et des protéines en énergie utilisable.

La thiamine (B1) et la riboflavine (B2) soutiennent notamment le fonctionnement du système nerveux et musculaire. La pyridoxine (B6) est essentielle au métabolisme des acides aminés, donc à la croissance musculaire et à la synthèse des neurotransmetteurs. L’acide folique (B9) et la vitamine B12, quant à eux, sont indispensables à la synthèse de l’ADN et à la production des globules rouges. Une carence se manifeste par une anémie, une fatigue, une baisse d’appétit et parfois un retard de croissance.

Comme ces vitamines sont sensibles à la chaleur, à la lumière et à l’oxydation, les fabricants doivent anticiper les pertes liées au procédé de fabrication des croquettes ou des pâtées. Pour vous, l’important est de choisir un aliment complet « chiot » dont l’étiquette mentionne clairement la présence d’un complexe vitaminique B et d’acide folique, et d’éviter les régimes déséquilibrés basés essentiellement sur un seul type d’ingrédient (par exemple, uniquement viande + riz, sans complément).

Oligo-éléments zinc, fer et cuivre pour l’immunité et la pigmentation

Les oligo‑éléments sont nécessaires en quantités infimes, mais leur impact sur la santé du chiot est majeur. Le zinc intervient dans plus de 200 réactions enzymatiques. Il contribue à la cicatrisation, à la qualité de la peau et du pelage, ainsi qu’au bon fonctionnement du système immunitaire. Une carence en zinc peut se traduire par un poil terne, des problèmes cutanés et une sensibilité accrue aux infections.

Le fer est au cœur de l’hémoglobine, la molécule qui transporte l’oxygène dans le sang. Les chiots ont besoin, à poids égal, d’environ six fois plus de fer qu’un chien adulte pour soutenir la production intense de globules rouges liée à la croissance. Le cuivre, quant à lui, participe à la formation de l’hémoglobine, à la synthèse du collagène et à la pigmentation du poil. Un déficit peut provoquer une anémie, une dépigmentation (poils qui s’éclaircissent) et une fragilité osseuse.

Ces oligo‑éléments doivent être fournis sous des formes biodisponibles (sulfates, chélates, etc.) et en quantités précisément ajustées aux recommandations officielles. Un apport excessif de fer ou de cuivre, par exemple via des compléments mal dosés, peut se révéler toxique pour le foie. Là encore, l’utilisation d’un aliment complet formulé pour chiots permet de couvrir les besoins sans risque de surdosage, à condition de respecter les rations indiquées.

Spécificités nutritionnelles selon l’âge et le poids adulte attendu

Les besoins nutritionnels d’un chiot ne sont pas figés : ils évoluent en fonction de son âge, de sa vitesse de croissance et de son gabarit adulte. Un Yorkshire Terrier de 3 mois n’a évidemment pas les mêmes exigences qu’un chiot Terre-Neuve du même âge, même si tous deux sont en pleine croissance. Pour ajuster au mieux l’alimentation, il est utile de raisonner en « phases » plutôt qu’en âge strict.

Entre 2 et 6 mois, la croissance est maximale : le chiot construit la majeure partie de son squelette et de sa masse musculaire. Durant cette période, les besoins énergétiques par kilo de poids sont les plus élevés, pouvant atteindre deux à trois fois ceux d’un adulte. C’est le moment d’utiliser une alimentation chiot à forte densité énergétique, riche en protéines animales de qualité, en calcium et en phosphore équilibrés. Pour les petites races, cette phase se termine vite ; pour les grandes races, elle prépare un second temps de croissance plus lent.

De 6 mois jusqu’à la fin de la croissance, les besoins énergétiques diminuent progressivement, surtout chez les races moyennes et grandes. Le chiot continue de se développer, mais à un rythme moins soutenu. Il devient alors crucial de contrôler les apports caloriques afin d’éviter le surpoids, tout en maintenant des niveaux suffisants de protéines, de minéraux et de vitamines. C’est pour cette raison que de nombreux fabricants proposent des gammes « junior » pour les chiots à partir de 6 mois ou des aliments « chiot grande race » spécifiquement formulés pour cette seconde phase.

La taille adulte attendue influence fortement les recommandations. Les petites races (moins de 10 kg) ont un métabolisme basal élevé et une capacité d’estomac relativement faible. Elles tirent bénéfice d’aliments très concentrés en énergie et en nutriments, présentés sous forme de petites croquettes faciles à croquer. Les races moyennes (entre 10 et 25 kg) requièrent un compromis entre densité énergétique et contrôle du poids, souvent avec un passage à l’aliment adulte vers 12 mois.

Les grandes et très grandes races (plus de 25 kg à l’âge adulte) nécessitent une attention particulière : leur croissance est plus longue (jusqu’à 18–24 mois) et leur squelette supportera un poids important. Pour ces chiots, l’objectif n’est pas de croître le plus vite possible, mais de croître « régulièrement et harmonieusement ». On privilégie des aliments légèrement moins riches en énergie et en graisses que pour les petites races, avec un apport protéique de bonne qualité mais sans excès, et surtout un strict contrôle du couple calcium/phosphore. La surveillance régulière de la courbe de poids, avec l’aide de votre vétérinaire, est un excellent outil pour ajuster les rations au fil des mois.

Pathologies nutritionnelles liées aux déséquilibres alimentaires

Une alimentation du chiot mal équilibrée ne se traduit pas seulement par des selles molles ou une prise de poids excessive. Elle peut aussi être à l’origine de véritables pathologies de croissance, parfois irréversibles, en particulier au niveau du système ostéo‑articulaire. Comprendre ces risques permet de mesurer l’importance d’une ration adaptée et d’éviter certaines erreurs fréquentes, comme la supplémentation « maison » non encadrée.

Les troubles les plus fréquemment rencontrés sont d’une part les atteintes osseuses (rachitisme, ostéodystrophie, ostéochondrose, dysplasie de la hanche ou du coude) et, d’autre part, les déséquilibres métaboliques liés à des carences ou excès de protéines, d’énergie ou de micronutriments. Les chiots de races moyennes à grandes, qui connaissent une croissance rapide et portent un gabarit conséquent à l’âge adulte, sont les plus vulnérables à ces pathologies nutritionnelles.

Ostéochondrose et dysplasie coxo-fémorale par excès calcique

L’ostéochondrose et la dysplasie coxo‑fémorale sont deux affections des articulations que l’on retrouve fréquemment chez les chiots de grande race, et dont l’alimentation peut être un facteur aggravant. L’ostéochondrose correspond à un défaut de maturation du cartilage de croissance, qui peut se fissurer et entraîner des fragments cartilagineux ou ostéochondraux dans l’articulation. La dysplasie de la hanche, elle, se caractérise par une mauvaise conformation de l’articulation coxo‑fémorale, menant à une instabilité puis à une arthrose précoce.

Un excès de calcium dans la ration, notamment lorsque les propriétaires ajoutent des compléments à une alimentation déjà complète, perturbe le renouvellement normal du cartilage et la minéralisation osseuse. Chez le chiot de grande race, l’intestin n’est pas capable de s’adapter à un afflux massif de calcium : il en absorbe une grande partie, ce qui se traduit par une hypercalcémie relative et des anomalies de croissance. Combiné à un apport énergétique trop élevé (croissance trop rapide, surpoids), ce déséquilibre augmente la pression sur les articulations et favorise l’apparition de ces pathologies.

Quels signes doivent vous alerter ? Boiteries intermittentes, difficultés à se lever, raideur après le repos, réticence à jouer ou à monter les escaliers sont autant de symptômes possibles. Si vous observez de tels comportements chez un chiot en pleine croissance, une consultation vétérinaire s’impose rapidement. La prévention repose avant tout sur une alimentation équilibrée, sans supplémentation minérale anarchique, et sur une gestion raisonnée de l’exercice (éviter les sauts répétés, les escaliers et les efforts intensifs prolongés).

Retard de croissance par carence protéique ou énergétique

À l’inverse des excès, une ration insuffisante en énergie ou en protéines peut ralentir la croissance du chiot. Une carence énergétique se manifeste par une courbe de poids qui stagne ou progresse très lentement par rapport aux valeurs de référence de la race. Le chiot apparaît maigre, peu tonique, parfois frileux. Si la restriction est sévère ou prolongée, l’organisme puise dans les réserves musculaires, ce qui compromet le développement harmonieux des tissus.

Une carence protéique se traduit par un poil terne, une fonte musculaire, une baisse de l’immunité et une moindre résistance aux infections. Chez le chiot, les besoins en protéines par kilo de poids corporel sont particulièrement élevés, surtout dans les premiers mois suivant le sevrage. Des régimes « maison » mal calculés, trop riches en glucides (pâtes, riz, pain) et pauvres en protéines animales de qualité, peuvent rapidement conduire à ce type de déséquilibre.

La clé pour éviter ces situations est de surveiller régulièrement le poids et l’aspect général du chiot, en comparant sa courbe de croissance à des courbes de référence. En cas de doute, un ajustement des rations (en quantité et parfois en choix d’aliment) doit être effectué avec l’aide d’un vétérinaire ou d’un nutritionniste. Il vaut mieux corriger doucement mais tôt que d’attendre qu’un retard de croissance devient évident et plus difficile à rattraper.

Troubles digestifs et malabsorption des nutriments

Les troubles digestifs constituent l’un des motifs de consultation les plus fréquents chez les chiots. Diarrhées, selles molles, flatulences, vomissements ou ballonnements peuvent être les signaux d’une alimentation mal adaptée à la capacité digestive du jeune animal. Un excès d’amidon mal cuit, une proportion trop importante de légumineuses (pois, lentilles, pois chiches) ou de sucres fermentescibles, mais aussi des changements alimentaires trop brusques, perturbent l’équilibre du microbiote intestinal.

À moyen terme, ces troubles digestifs peuvent entraîner une malabsorption des nutriments essentiels, avec perte de poids, retard de croissance et affaiblissement immunitaire. Imaginez l’intestin comme une longue « moquette » de villosités chargées d’absorber les nutriments : en cas d’inflammation chronique, cette surface d’absorption s’abîme, et même une bonne ration ne sera plus correctement valorisée. C’est pourquoi il est si important de privilégier des aliments hautement digestibles, formulés spécifiquement pour chiots, et de limiter les expérimentations culinaires trop fréquentes.

En pratique, des selles bien moulées, peu odorantes et faciles à ramasser sont un bon indicateur de tolérance digestive. Si vous remarquez des troubles récurrents après un changement de nourriture ou l’introduction de nouvelles friandises, il peut être utile de revenir à l’aliment précédent ou de passer à une formule plus digestible, enrichie en prébiotiques et éventuellement en probiotiques, après avis vétérinaire.

Formulations commerciales et critères de sélection AAFCO

Face à la diversité des croquettes et pâtées pour chiots disponibles sur le marché, comment choisir une alimentation réellement adaptée à la croissance de votre compagnon ? Un premier repère consiste à vérifier que l’aliment respecte les profils nutritionnels établis pour la croissance par des organismes de référence comme l’AAFCO (Association of American Feed Control Officials) ou la FEDIAF (en Europe). Cette mention figure généralement sur l’emballage sous la forme « aliment complet pour chiots » ou « formulé pour la croissance et la reproduction ».

Un aliment conforme aux profils AAFCO « growth » doit contenir des quantités minimales et maximales de nutriments clés (protéines, graisses, calcium, phosphore, vitamines et minéraux) validées par des comités d’experts. Certains produits vont plus loin et ont été évalués par des essais d’alimentation (« feeding trials »), ce qui constitue un gage supplémentaire de qualité pratique. Lorsque vous lisez une étiquette, posez-vous deux questions simples : l’aliment est-il spécifiquement formulé pour les chiots (et, idéalement, pour la taille de mon chien) ? Répond‑il aux recommandations AAFCO ou FEDIAF pour la croissance ?

D’autres critères de choix peuvent vous guider. La source des protéines (majoritairement animales), la clarté de la liste d’ingrédients, l’indication de teneurs en acides gras oméga‑3 (dont le DHA) et en fibres prébiotiques sont des atouts. Les aliments « sans céréales » ne sont pas forcément un gage de qualité pour les chiots : ces derniers digèrent bien l’amidon des céréales cuites, tandis que le remplacement par des légumineuses en grande quantité peut être moins bien toléré. Mieux vaut privilégier la digestibilité globale et l’équilibre des nutriments plutôt qu’un argument marketing isolé.

Enfin, la réputation du fabricant, le suivi scientifique (collaboration avec des vétérinaires nutritionnistes, études publiées) et la transparence sur les contrôles qualité sont des éléments importants. Les gammes vétérinaires offrent généralement les garanties les plus élevées, avec un coût souvent supérieur mais justifié pour les chiots à risque (grandes races, antécédents de troubles digestifs ou articulaires). Quoi qu’il en soit, le « meilleur » aliment est celui que votre chiot tolère bien, qui soutient une courbe de croissance régulière et un bon état de santé général.

Transition alimentaire progressive et monitoring de la croissance

Changer l’alimentation d’un chiot – qu’il s’agisse du passage de la nourriture d’élevage à une autre marque, ou plus tard de l’aliment chiot à l’aliment adulte – doit toujours se faire de manière progressive. Son système digestif étant encore en construction, une transition brutale peut déclencher diarrhées, vomissements ou refus de s’alimenter. Un protocole simple consiste à introduire le nouvel aliment sur 7 à 10 jours, en augmentant progressivement sa proportion dans la gamelle.

Par exemple, vous pouvez commencer par 25% du nouvel aliment et 75% de l’ancien pendant 2 à 3 jours, puis passer à 50/50, puis 75/25, avant d’aboutir à 100% du nouvel aliment. Cette progression laisse au microbiote intestinal le temps de s’adapter à la nouvelle composition. Pendant cette période, observez attentivement l’aspect des selles, l’appétit et le niveau d’énergie de votre chiot. En cas de troubles marqués, il est parfois nécessaire de rallonger la phase de cohabitation des deux aliments ou de revenir en arrière et de demander conseil à votre vétérinaire.

Le monitoring de la croissance est l’autre pilier d’une alimentation réussie. Peser votre chiot régulièrement – idéalement toutes les 2 à 4 semaines durant les premiers mois – permet de tracer sa propre courbe de poids. En la comparant aux courbes de croissance standards de la race (ou d’un gabarit proche), vous pouvez vérifier que la prise de poids est régulière, ni trop rapide ni trop lente. Cette démarche s’apparente au suivi pédiatrique chez l’enfant : elle permet de détecter précocement les écarts et d’ajuster l’alimentation en conséquence.

En parallèle du poids, l’évaluation de la condition corporelle (score d’état corporel ou Body Condition Score) reste essentielle. En palpant les côtes, la colonne vertébrale et la taille de votre chiot, vous pouvez, avec l’aide de votre vétérinaire, déterminer s’il est trop maigre, en bon état ou en surpoids. Cette approche visuelle et tactile complète utilement la simple lecture du chiffre sur la balance. En combinant une transition alimentaire douce et un suivi attentif de la courbe de croissance, vous mettez toutes les chances du côté de votre chiot pour qu’il devienne un adulte en pleine forme, avec un squelette solide et un métabolisme équilibré.